Article de Gwenaelle Gibert

Gwenaelle Gibert
Directeur Associé
STANDARD&POOR’S
Intervenant EFE, formation « Solvency II »
27 novembre 2012, Paris

La place de l’évaluation de l’ERM dans la notation des assureurs et des réassureurs

L’évaluation de la gestion intégrée des risques (Enterprise Risk Management – ERM) est une des composante de nos critères de notation de la solidité financière des assureurs. Notre approche consiste à évaluer les processus de gestion des risques en place en vue mesurer à quel point ces processus permettent à l’assureur de piloter sa solvabilité et la performance opérationnelle et à quel point ils éclairent en général l’assureur dans ses prises de décisions stratégiques. Notre évaluation de l’ERM peut être de quatre niveaux selon le degré de sophistication et d’intégration des processus de gestion des risques : ″excellent ″, ″ solide ″, ″ adéquat ″ et ″ faible ″. Toutefois, l’impact de l’évaluation de l’ERM sur la note finale de solidité financière de l’assureur dépend de la taille et de la complexité de la structure de l’assureur et de la nature des risques encourus. Par exemple, pour un assureur international diversifié, l’impact de l’évaluation de l’ERM sur la note sera vraisemblablement ‘très important’. Pour un assureur de niche et présent sur un seul marché, l’impact de l‘évaluation l’ERM sur la note sera vraisemblablement ″ peu important ″.

Les critères d’évaluation de l’ERM

Nos critères d’évaluation sont basés sur notre définition d’un programme ERM complet au sein des entreprises d’assurance. Selon nous, le résultat d’un programme ERM complet est de disposer d’outils permettant l’optimisation des résultats ajustés des risques. Un programme ERM consiste à mesurer et gérer tous les risques significatifs de l’entreprise de façon exhaustive et cohérente dans le cadre des limites de risques préétablies. Un programme ERM permet ainsi l’évaluation des besoins en fonds propres économiques en vue de permettre à l’entreprise d’effectuer des arbitrages entre les prises de risque de façon cohérente. L’évaluation des besoins en fonds propres économiques intervient dans la prise de décisions stratégiques, la conception de nouveaux produits, les allocations d’actifs stratégiques et tactiques ainsi que dans la mesure de la performance financière.

Ainsi, nos critères d’évaluation consistent à analyser les cinq composantes suivantes.

Gestion Stratégique des risques

Une culture de gestion des risques avancée permet notamment de définir un cadre de tolérance aux risques et la mise en place d’un ensemble de règles relatives aux limites de risque. À cet égard, notre analyse se focalise également sur la communication autours des risques, sur l’organisation et les compétences de la fonction « gestion des risques » ainsi que son rôle au sein de la gouvernance plus large de l’entreprise. Les processus de contrôle des risques consistent en un ensemble de mesures permettant à l’assureur de maintenir les risques au sein des limites fixées. Notre analyse porte sur les processus afférents à l’ensemble des risques courus par l’assureur, des risques financiers comme le risque d’inadéquation actif/passif, le risque de crédit et le risque action aux risques biométriques, souscription et provisionnement et l’exposition au risque catastrophe ainsi que le risque opérationnel. La gestion des risques « émergents » a pour objectif d’anticiper des risques non avérés. Notre analyse des modèles d’évaluation des risques consiste à évaluer les processus entourant l’utilisation des modèles quantitatifs permettant de mesurer les risques. Nous analysons leur exhaustivité, l’approche utilisée par type de risque, les hypothèses et les méthodologies, ainsi que les processus de validation et de documentation. Enfin, notre analyse de la gestion stratégique des risques permet de savoir à quel point l’entreprise utilise son dispositif ERM dans ses prises de décisions stratégiques, notamment, si ce dispositif lui permet d’évaluer chacune de ses décisions stratégiques en terme de couple rendement/risque.

Nos évaluations actuelles en région EMEA

À ce jour, en Europe, Moyen Orient et Afrique (EMEA), nous évaluons les pratiques ERM de 184 assureurs dans le cadre de leur notation de solidité financière. Parmi ces évaluations, nous considérons que 31 des ces assureurs ont des pratiques ERM ″ solides ″, 146 ont des pratiques ″ adéquates ″ et 7 ont des pratiques ″ faibles ″.