Risques et Réassurance, oui mais quels risques ?

Evelyne MlynarczyckEvelyne Remoleur – Mlynarczyk
Consultante spécialisée en Réassurance
Intervenante EFE à la formation « Pratiquer la Réassurance », à partir du 20 mai 2014 à Paris

Mot clé de l’assurance, le « risque » désigne à la fois l’objet assuré, la branche assurable (on parlera de risque industriel), ou encore l’événement assuré. Le risque est, en théorie, défini comme un événement incertain, indépendant de la volonté des parties, très souvent redouté, créant de ce fait une situation qui incite à s’assurer. Ce concept est donc ancien car, dès la plus haute antiquité, l’homme a cherché à se protéger contre les risques auxquels il était confronté. Le risque fait l’objet de classification, nous distinguons les risques assurables des risques inassurables, les risques de particuliers (ou risques de masse) des grands risques (ou risques d’entreprise), les risques de dommages survenant aux personnes (accidents, maladie, décès) de ceux liés aux biens, qu’ils soient directs ou indirects.

Cependant, depuis quelques années, certains événements, tels que la survenance de l’attentat du World Trade Center, ont donné à la notion de risque une toute autre dimension, et ceci tout particulièrement pour le réassureur, qui prend en charge la majorité des coûts des gros sinistres (par exemple, de l’ordre de 60 % pour le WTC). Les mauvais résultats des branches non vie depuis les 20 dernières années et la prise de conscience des problématiques d’exposition aux événements naturels, mais aussi aux risques technologiques ou aux risques d’attentats ont généré chez le réassureur une forte modification de comportement vis-à-vis du risque. À cela se sont ajoutées les évolutions de la réglementation, tout particulièrement en terme de solvabilité, avec l’annonce de la mise en place prochaine de Solvency II. Bien que l’application de cette réglementation ne soit pas encore en vigueur, cette réglementation annonce le renforcement de l’analyse de l’exposition aux risques. Ainsi, bien au-delà des risques d’assurance liés à la souscription, la tarification ou la volatilité des résultats et de la sinistralité, ou même des risques de catastrophe, ce sont l’ensemble des risques potentiels auxquels la compagnie pourra être exposée, qui seront aujourd’hui examinés. Il serait difficile de donner une liste exhaustive de ceux-ci, à titre d’exemple, je mentionnerai les risques de crédit relatifs au défaut de contrepartie ou à une dégradation de notation de celle-ci, les risques opérationnels relatifs à une mauvaise gestion ou à une défaillance dans les procédures, les risques de liquidité, les risques juridiques (évolution ou changement de la jurisprudence ou de la règlementation), etc...

On peut alors se demander comment, dans de telles conditions, couvrir le risque ?

Une bonne approche va donc consister à identifier l’ensemble des risques auxquels nous sommes exposés. Après cette phase d’identification, une parfaite connaissance du risque sera indispensable aussi bien sur les aspects techniques ou technologiques, que sur le plan des liens existant avec les aspects humains, les lois ou la jurisprudence. L’étape suivante consistera à définir clairement les contours du risque et ceci aussi bien lors de la souscription des contrats de réassurance que dans le cas d’achat de couverture de rétrocession. La définition du risque doit impérativement faire partie intégrante de tout contrat qui transfère celui-ci d’une entité à une autre. Les clauses de définition du risque sont incontournables pour nous permettre de définir clairement les engagements des parties. Une vigilance accrue doit être apportée dans la rédaction de l’ensemble des clauses des contrats, celles-ci doivent être claires, compréhensibles, cohérentes les unes entre elles, applicables et le moins possible sujettes à interprétation. En tout dernier lieu, il nous faudra savoir mesurer le risque et pour cela obtenir des données fiables qui le qualifient. Pour tarifer le risque qu’il souscrit, provisionner les sinistres à charge, mesurer son exposition, le réassureur analyse les données d’assurance. L’utilisation de modèles, d’outils actuariels ne peut se faire qu’en travaillant des données fiables, pertinentes, complètes. Comprendre les modèles, mais aussi comprendre les données, dont il faut disposer pour obtenir des résultats ayant un sens, fait partie du quotidien du réassureur.

Ainsi, le métier de réassureur a fortement évolué depuis les 20 dernières années. Il ne peut plus travailler aujourd’hui comme par le passé en s’appuyant sur la technicité de l’assureur. La relation de confiance qui été le principe qui régissait la relation assureur – réassureur a fait place à des relations contractuelles basées sur une technicité qui doit aller en s’accroissant au fil des années. Le réassureur ne peut aujourd’hui développer son activité qu’en s’appuyant sur des équipes de spécialistes pluridisciplinaires : mathématiciens, actuaires, statisticiens, juristes, financiers, ingénieurs, modélisateurs, etc … et ceci pour assumer correctement son rôle de porteur de risques. Pour finir, ce ne sont plus les seuls risques directement transférés par le contrat de réassurance qu’il doit ainsi analyser et prendre en compte, mais l’ensemble des risques auxquels est soumise l’entreprise.