Quel est le cadre révisé du risque de marché et de la FRTB ?

♦ Dans quel contexte le Comité de Bâle a-t-il décidé d’initier cette nouvelle réglementation ?

Pierre Lecour (PL) : La réglementation FRTB est apparue suite à la crise de 2007-2008. Les anciennes réglementations mettaient en évidence les insuffisances dans les fonds propres mis de côté pour la couverture des risques. FRTB a également pour objectif de renforcer la surveillance des risques de marché.

Kévin L’Homme (KL) :  Les modèles financiers des banques et les règlementations, notamment les réglementations Bâloises, ont été mises à mal et ont montré leurs limites pendant la crise de 2007-2008. Certaines directives ont donc émergé autour de 2010-2012 et, c’est dans ce contexte, qu’est née cette initiative FRTB que l’on appelle Bâle 4.

♦ Quelles sont les institutions concernées par FRTB ?

♦ Quand cette réglementation sera-t-elle applicable ?

PL : Toutes les banques et Institutions financières ayant des activités de marché seront concernées par FRTB.

KL : Initialement, un texte avait été publié en janvier 2016 et avait pour date d’application le 1er janvier 2019.

Depuis, suite à des discussions entre la BCE et la FED, un nouveau texte a été publié en décembre 2017 et prévoit une date d’application progressive entre le 1er janvier 2022 et le 1er janvier 2027. Il y aura donc une période transitoire de 5 ans pendant laquelle persisteront l’ancienne méthode de calcul et la nouvelle. Durant ces années, la nouvelle méthode prendra de plus en plus de poids par rapport à l’ancienne.

Cependant, ces dates sont encore sujettes à modification puisque le texte doit être voté, notamment au niveau européen. Selon les rumeurs, le régulateur devrait demander une publication des résultats dès 2020. Ces derniers ne seront pas utilisés dans le calcul d’exigence de fonds propres mais les banques devront prouver qu’elles sont capables de produire ces chiffres à fréquence régulière, dès 2020 pour la méthode standard et dès 2022 pour la méthode interne.

♦ Pourriez-vous nous donner les grands principes de FRTB ?

PL : Dans les grandes lignes, la première chose à faire sera de différencier plus distinctement banking book et trading book afin d’éviter les arbitrages réglementaires. Il faudra également mieux définir les instruments pris en compte dans le calcul de risques de crédit et identifier plus précisément les portefeuilles de corrélation.

En parallèle, l’Expected Shortfall viendra remplacer la VaR. L’Expected Shortfall permet de prendre en compte les cas extrêmes des queues de distribution, ce qui peut s’avérer plus judicieux pendant les périodes de crises.

La notion d’horizons de liquidité est également clé dans FRTB et permettra de ne pas donner le même impact à tous les produits dans le calcul du risque, selon qu’ils soient très liquides ou s’ils sont rares et illiquides puisque, dans ce cas, il sera beaucoup plus compliqué de clôturer leur position sur le marché.

KL : J’ajouterai que le modèle standard va être enrichi en s’appuyant davantage sur les calculs de sensibilités qui sont déjà aujourd’hui monitorés dans les banques et les stress tests, afin de matérialiser la convexité de certains produits.

Il est aussi important de noter que la méthode de calcul sera beaucoup plus granulaire qu’avant puisque l’éligibilité au modèle interne ne se fera plus au niveau de la banque mais au niveau du trading desk. De plus, le modèle standard devient une référence et devra être calculé dans tous les cas : il deviendra une sorte de back-up pour les tradings desks lorsqu’ils ne seront plus éligibles au modèle interne.

Pour finir, un des principes reste encore assez flou dans le texte : il s’agit de l’observabilité des données utilisées pour les calculs. Ces données devront désormais être « propres », leur source justifiée et surtout constatable directement sur le marché. Ce nouveau contexte pourrait donc conditionner les montants des fonds propres à conserver pour les banques. La data quality devient un des enjeux majeurs de la réglementation FRTB.

♦ Quels sont les prérequis et les enjeux à sa mise en application ?

KL : Tout d’abord, nous sommes en attente que le texte soit signé et validé pour pouvoir l’appliquer. En effet, il reste des notions sur lesquelles le régulateur est encore en train de challenger l’industrie bancaire pour pouvoir ajuster son texte.

PL : D’un point de vue technique pour les banques, de par les volumes de données historiques requises ainsi que la double méthode de calcul, la mise en place de FRTB va nécessiter une capacité de mémoire et de stockage très importante. Les banques vont devoir revoir leurs architectures SI actuelles afin de supporter ce nouveau volume de métriques et de data à collecter.

Un autre prérequis propre aux banques est le choix de la méthode de calcul et particulièrement la mise en place du modèle interne pour les tradings desks éligibles. Les banques devront avoir fait l’audit des facteurs de risque, de leur modélisation et avoir suffisamment de bases de données. Elles doivent être prêtes à soutenir toute demande qui découlera de la mise en place de FRTB.

KL : Pour finir, les banques devront probablement être amenées à choisir parmi leurs activités celles qui resteront rentables suite aux contraintes imposées par la réglementation. En effet, les activités aujourd’hui très rentables le deviendront peut-être moins si elles consomment davantage de fonds propres. Il faudra anticiper l’impact de cette réglementation sur la rentabilité des activités.

♦ En quoi le calcul des risques de marché va-t-il être revu ?

PL : Un des premiers changements est le passage de la VaR à l’Expected Shortfall dont on a déjà parlé précédemment.

KL : Côté risque de crédit, l’IRC (Incremental Risk Charge) sera remplacé par le DRC (Default Risk Charge). L’idée de ce nouvel indicateur est de capter d’autres risques que le risque de défaut, comme par exemple le risque de contrepartie.

PL : De plus, la période de transition sera une période de double production. En effet, les banques vont devoir réaliser leurs calculs, chaque jour, avec la méthode standard, en plus de leur méthode interne. Le calcul des risques va être beaucoup plus lourd, ce qui implique une augmentation de la capacité de stockage mais aussi très probablement le renforcement des équipes en charge des calculs de risques.

♦ Quels sont les avantages et les inconvénients de la nouvelle méthode de calcul ?

KL : Les avantages les plus marquants de la réglementation FRTB pour les banques sont les suivants:

1.Une meilleure représentation de la réalité

Les nouveaux calculs de risques devraient permettre de ne plus tomber dans les pièges des précédentes réglementations qui montraient leurs limites pendant les crises.

2. La prise en compte d’horizons de liquidé

La notion de liquidité était peu prise en compte auparavant. Elle le devient avec FRTB grâce à l’introduction des horizons de liquidité par asset class. Les instruments de crédit auront des calculs un peu plus pénalisants du fait de leur plus faible liquidité.

3. Le rapprochement de la méthode standard et de la méthode interne

La notion de « floor » est introduite et permettra de fixer une limite au passage de la méthode standard à la méthode interne. Les banques ne pourront pas gagner énormément en exigence de fonds propres en passant d’une méthode à l’autre. De plus FRTB prévoit une « zone tampon » entre les deux méthodes afin de rendre moins abrupte le passage d’une méthode interne à la méthode standard.

PL : Pour citer quelques-uns des inconvénients les plus coûteux :

1. Revue de l’architecture du Système d’Information interne

Il faut prévoir une puissance de calcul environ 20 fois supérieure à celle nécessaire aujourd’hui.

2. Des besoins en ressources décuplés pendant la période transitoire

Les deux méthodes devront être calculées en parallèle pendant la période de transition, ce qui augmentera très fortement les besoins en ressources pendant plusieurs années. En revanche, ces besoins diminueront dès que la période de transition sera passée et, par conséquence, la taille des équipes également.

3. Un texte non définitif

Le texte FRTB est revu environ tous les 6 mois par les régulateurs, en fonction des QIS (Quantitative Impact Studies) qui leur sont remises par les banques. Les changements qui en découlent peuvent parfois être assez conséquents (par exemple les conditions d’éligibilité au modèle interne ont été revues, comme certains calculs de la méthode standard). Les banques sont très dépendantes de ces modifications qui constituent une zone de flou : on comprend aisément qu’il est compliqué pour elles de définir une stratégie claire aujourd’hui. Pour le moment, aucune date d’arrêt du texte définitif n’est vraiment prévue. La prochaine échéance devrait être en 2019 mais nous ne sommes pas sûrs que cette date soit validée.

KL : Pour finir, nous vous proposons de revoir ensemble le calcul des charges en capital dans la nouvelle approche standard lors de la Conférence d’actualité EFE du jeudi 29 novembre intitulée « Bâle IV ou la finalisation de Bâle III ».

 

Kévin L’Homme
Consultant Manager Finance
Quanteam – Projet FRTB

 

 

Pierre Lecour 
Consultant Ingénieur Risque
Quanteam – Projet FRTB