Nouvelles technologies : évitons d’être Alice au pays des merveilles

Enfant, j’ai adoré ce livre de Lewis Carroll et, bien sûr, ce formidable dessin animé de Walt Disney.
Adulte, je continue d’aimer cette histoire mais ce sont principalement les personnages qui m’interpellent et que je retrouve dans le long chemin de la transformation digitale et des nouvelles technologies…
Mon ami Lapin Blanc, « en retard, en retard ! », toujours prêt à dire que tout va trop lentement mais oubliant de préciser, clairement, ce qu’il attend avec tant d’impatience.
Le Chapelier Toqué et le Lièvre de Mars, qui peuvent discuter et discuter encore. Passons les voir à tout moment, ils seront toujours en grand débat sans pour autant agir.
La Reine de Cœur, ce consultant qui prédit l’apocalypse totale si un projet de très grande envergure sur XXX (je vous laisse choisir le mot à la mode : IA, blockchain, RPA, bot…) n’est pas immédiatement lancé, de préférence avec lui. Bin voyons…
Le Roi de Cœur, qui a engagé ce consultant et n’ose le contredire.
Le Loir, qui ne veut surtout pas être dérangé.
Le Chat de Chester, qui disparaît dès que l’on a besoin de lui et de ces décisions.
Tweedle Dee et Tweedle Dum, oligarques dans leur fief qui trouvent que la curiosité, et donc le changement, est un bien vilain défaut.
Mais qui est donc Alice ? Vous l’aurez deviné, il s’agit du Chief Digital Officer, ou tout autre acteur clé de la transformation, lors de sa prise de poste. Et j’en rencontre malheureusement régulièrement qui ne trouvent pas la porte de sortie…
Trêve de fatalisme ! Il est possible de n’y faire qu’un passage éclair et d’engager la transformation.
Entendons-nous bien avant tout ! Nous parlons ici des nouvelles technologies qui induisent un changement notable, soit au travers de nouveaux modèles commerciaux, soit par une transformation forte de l’organisation et, ou, des procédures existantes. Tout le reste n’est, en fin de compte, que des évolutions technologiques qui, bien que pouvant être complexes, n’atteignent qu’au maximum 5 sur l’échelle de Richter : l’organisation de l’entreprise tremble mais, fondamentalement, rien ne s’écroule et le paysage ne change pas.
Vous aurez noté que les nouvelles technologies ne m’intéressent pas… d’un point de vue technique. Je n’apprécies leurs valeurs qu’au travers des nouvelles capacités qu’elles apportent à l’entreprise, permettant ainsi des nouveaux, ou de fortes améliorations des, modèles commerciaux ou organisationnels difficilement atteignables auparavant.
L’intelligence artificielle (IA) est un excellent exemple, en plus à la mode, d’une nouvelle technologie pouvant modifier en profondeur une organisation, ces procédures et ces modèles.
Mais si une entreprise n’a aucune présence sur internet, la création d’un site e-Commerce est bien une transformation profonde basée sur une nouvelle, pour elle, technologie.
Tout l’art de transformer une entreprise en s’appuyant sur une nouvelle technologie est de savamment doser progressivement son impact sur l’échelle de Richter.
Ayant introduit récemment les réseaux neuronaux et l’apprentissage profond (mieux connu sous « deep learning ») dans nos capacités d’analyse, j’utiliserai cet exemple pour illustrer cet art de la progression.

Voulant améliorer et étendre nos capacités d’analyse et de ciblage, nous nous sommes intéressés à ce que l’intelligence artificielle pouvait nous apporter. Depuis quelques années, nous collaborons étroitement avec des startups et des fintech pour incuber certaines de nos idées (et lorsque tout se déroule bien, nous accélérons et industrialisons avec eux). Dans ce cadre, nous avons recherché les startups pouvant travailler avec nous rapidement et livrer en quelques semaines un POC (proof of concept). Lors de la séance de pitch (chaque startup ayant 10 minutes pour expliquer et convaincre), nous en avons sélectionné une pour entrer dans une de nos Factories (nos incubateurs et accélérateurs internes) et travailler avec nous sur un cas d’usage précis.
Ici, nous sommes à 3,5 sur l’échelle de Richter… la terre ne tremble un peu que pour ceux se trouvant dans l’épicentre.
Par contre, ce POC a clairement montré la valeur de l’analyse neuronale et a confirmé l’intérêt de la startup, tant au niveau de leurs solutions que de l’excellente collaboration.
Nous avons confirmé cette collaboration en passant à l’étape suivante : l’accélération pour livrer un MVP (Minimum Viable Product). Notre méthode de travail est essentiellement basée sur le coDesign (design collaboratif), le Lean Startup (validation et ajustement itératifs) et l’Agile Scrum (développement par cycles itératifs courts livrant à chaque étape une solution certes incomplète mais viable). La petite équipe pluridisciplinaire (expert métier, tech lead, startup) dédiée n’a qu’un seul but : livrer le MVP dans les 4 mois en production pour une exploitation limitée mais réelle.
Ainsi, nous sommes passés à 4,5 sur Richter : les tremblements sont bien ressentis et des objets bougent… et des personnes s’inquiètent…
Rencontrant du scepticisme, voire un peu d’opposition, nous avons décidé de jouer la compétition. Nous avons confié un nouveau modèle à construire à 2 équipe : une travaillant avec la startup sur l’approche neuronale, l’autre utilisant nos méthodes statistiques actuelles.
Dans les temps impartis, la première équipe a livré son modèle avec d’excellentes prévisions théoriques de résultat : une probabilité de succès de 29% pour atteindre 90% de la cible en abordant 25% de notre base client.
La deuxième n’a pas tenu les délais et, en final, ces résultats prévisionnels étaient bien en deçà de la 1ère équipe : une probabilité de succès de 12% pour atteindre 90% de la cible en abordant 62% de notre base client.
Mais ce ne sont que des résultats théoriques… les modèles sont donc partis en production sur des cibles limités (notre principe du MVP testé en situation réelle) et le modèle neuronal n’a pas donné 2,4 fois plus de deals (29% par rapport à 12%)… mais 3 fois plus.
Dès lors on nous a non seulement pardonné d’avoir fait bouger des objets, mais nous sommes devenus de vrai Californiens à qui un tremblement de force 6 ne fait pas peur.
En effet, basé sur une valeur tangible, nous sommes passés à l’industrialisation consistant à étendre le nombre de modèles (le nombre de cas d’usage) et d’utilisateurs, et à accélérer la distribution des cibles et opportunités.
Et il est possible que dans un futur proche, nous allions dans certains cas jusqu’à 7 sur l’échelle de Richter. Les capacités d’analyse étant essentielles à tout modèle commercial, elles permettent également la création de nouvelles approches qui feront, sans doute, évoluer notre organisation et notre stratégie.
Vous me direz « pourquoi pas 8 ou même 9 » ? Il s’agirait de la destruction majeure de l’entreprise, plus rien ne résiste et tout s’écroule. Ce serait un cas extrême dans lequel l’entreprise, voulant à tout prix se révolutionner, rate sa transformation.
Ou lorsque la Reine de Cœur l’emporte, accompagnée par le Roi de Cœur, poussée par le Lapin Blanc, et décapite Alice…

Nous vous donnons rendez-vous le 13 décembre prochain dans un grand hôtel au cœur de Paris pour notre conférence « Private Banking : comment atteindre vos objectifs de croissance en 2019 ? ». Un évènement EFE qui sera l’occasion de découvrir et de débattre des tendances 2019 dans le secteur bancaire privé. Les interventions couvriront une large variété de sujets incluant les procédures de gestion et de partenariats à mettre en place, les produits financiers qui font la di?érence, l’évolution du parcours client et les opportunités présentées tant par l’innovation technologique que par les réajustements règlementaires.


Thierry Derungs

Chief Digital Officer
BNP PARIBAS WEALTH MANAGEMENT

Monsieur Thierry Derungs interviendra aux côtés de spécialistes reconnus du Private Banking lors de notre conférence d’actualité « Private Banking : comment atteindre vos objectifs de croissance en 2019 ? » qui aura lieu le 13 décembre prochain dans un grand hôtel au cœur de Paris.